Les allongés

Charlie Williams

C’est l’histoire de Royston Blake, d’aucuns diront un pauvre type, qui vit enfermé dans cette ville magique de Mangel. Le maître mot de ce roman est accumulation, toujours plus, encore une couche, en veux-tu, en voilà, une petite dernière pour la route. Si Monsieur Bahlsen était encore de ce monde, il aurait pu y être un personnage clef.

Toujours est-il que nous sommes en plein roman noir avec un humour noir des plus jouissif. Royston Blake, dit Blaykey, est un pôvre type ras du bocal, raz du scalp, raz de marée, mais vivant dans cette ville où il faut y être né pour y vivre. Le problème est qu’en même temps, on ne peut la quitter car chaque citoyen est une feuille de l’arbre Mangel. Alors en tant que videur en chef d’un pub, que dis-je, DU pub de la ville, Royston Blake se doit de retrouver sa dignité de mâle face aux infâmes membres de la famille Munton. Cela dit, c’est plus facile à faire qu’à dire tant le cerveau de notre héros ressemble plus à des crackers ou à des chips et que penser plus d’une chose à la fois relève, non pas de l’exploit, mais du génie. Ca butte à tout va, ça picole de même, mais toujours dans la grâce, dans la graisse de cette ville poisseuse où la classe suprême est de conduire une Ford Capri.

C’est une vraie bouffée d’oxygène que ce premier roman à la série noire, humour, déraison et non dérision, style poignant et permanence de recul sur des situations qui échappent au héros, mais que nous pourrions connaître. Certains diront que plus con que Royston Blake, tu meurs. Et bien oui, à défaut d’être vraie, cette acception, n’est pas fausse, mais comme dit le vieil adage, c’est celui qui dit qui est. À vous de voir si c’est vous qui le dites, ou si c’est vous qui...

Cela dit, à celui qui veut connaître ce que l’illusion de la maîtrise de sa vie a d’illusoire, qu’il le lise car ce roman navigue dans cet entredeux du destin de Jacques le fataliste de Diderot et du libre arbitre aristotélicien. En effet, Royston Blake, comme Aristote, se retrouve plongé dans cette vie volontaire par l’union de deux facultés : la spontanéité du désir (agir par soi-même) et l’intentionnalité de la connaissance (agir en connaissance de cause). À vous de savoir ce que connaissance, réalité, vrai, veulent dire. Toujours est-il que ce roman est l’expression d’une volonté spontanée, pas toujours partageable, mais en lien avec la connaissance que Royston Blake a des situations qu’il rencontre.

  21 juin 2009, rédigé par : Jean-Philippe Guihard. Môts clefs : [] - []